Christian Louis : autoportrait

Christian Louis
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La narration visuelle—2

Commençant en 1984 Christian s’est lancé dans un projet avec l'écrivain et poète anarchiste, Pierre Drachline, traçant la N7 du Kremlin-Bicêtre jusqu’à la côte méditerranéenne, en témoignant de la déchéance des villes et villages autour de cette route mythique dans un livre éponyme, Nationale 7 (1988). Drachline était fondateur et dirigeant de deux maisons d’édition puis rédacteur en chef au Cherche Midi, publiant des écrivains et des poètes radicaux aux racines souvent surréalistes, parmi lesquels André Laude et le situationniste Raoul Vaniegem. Reconnu pour sa générosité et son sens de l’humour, Drachline avait une langue acerbe et des opinions provocatrices, tout comme un autre collaborateur de Christian Louis, et ami du scénariste et poète Jacques Prévert, l’auteur, compositeur-chansonnier et rédacteur en chef du magazine Zoom, André Pozner.

Dans Photos Blues (1988) – un portrait documentaire de la banlieue parisienne du Blanc-Mesnil – l’histoire de Pierre, l’ami d’enfance de Pozner et originaire de Drancy est entremêlée à un aperçu de l’enfance compliquée de Christian Louis au Faubourg Saint-Denis. Cinq ans plus tard, André Pozner et Christian Louis travaillent ensemble sur l’ouvrage Les P’tits Marchés de Paris (1993), un autre portrait en mots et en images, cette fois-ci des marchés de rue classiques de Paris au moment où leur place dans la vie urbaine est menacée. Commençant par une histoire de son enfance, Pozner trace la douce évocation d’un passé plus dynamique, avant que les Halles ne s’installent à Rungis et que les chaînes de supermarchés défient les vendeurs de rue.

Entre Nationale 7 et Les P’tits Marchés de Paris, Christian Louis s’est lancé dans une expérience littéraire avec l'écrivain et trotskiste militant, Jean-François Vilar. Avant de quitter son travail habituel pour le chômage en 1981 Vilar était journaliste salarié chez Rouge l’hebdomadaire de la Ligue communiste où il s’intéressait à la littérature délinquante. Son premier manuscrit C’est toujours les autres qui meurent a remporté le Grand prix du roman noir Télérama en 1961. Le journaliste-photographe Victor Blainville, personnage principal de ce livre, porte le nom de la ville natale de Marcel Duchamp, et tous les polars de Vilar sont fortement influencés par le dadaïsme et le surréalisme. Le résultat de leur partenariat est Sherlock Holmes et les Ombres (1993).

Le texte de Vilar, qui semble au début une simple aventure est plutôt une quête complexe, une superposition de multiples histoires qui se déroulent dans des temps et des réalités parallèles. Christian Louis déploie une gamme de procédés pour piloter le scénario : doubles expositions, flou de mouvement, scènes posées, personnages isolés s’éloignant de la caméra, plongeant dans des ruelles, engagés dans une mission, se profilant à contre-jour ou perdus dans le vide sombre des rues solitaires. Le défi correspondait parfaitement à sa façon préférée de disposer et séquencer des tirages de manière intuitive pour alimenter un récit mental. En fait, une grande partie de sa production était un travail en cours, et son laboratoire un endroit où son intérêt se portait davantage sur ce qui pouvait être dégagé d’un négatif particulier dans le contexte d’une idée de livre…

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